Êtres en mouvement

Une silhouette mince, habillé d’une veste sport entrouverte sur un torse nu et poilu, chaussé de sandales, Ali Salmi joue avec son image de va-nu-pieds. L’homme âgé de 42 ans a choisi d’être vagabond. Depuis seize ans, il parcoure le monde avec la compagnie Osmosis. Metteur en scène, danseur, chorégraphe, l’artiste s’est produit avec sa troupe dans les plus grands festivals des arts de la rue en France et en Europe : Cognac, Aurillac, Ramonville et le mois dernier, Ljubljana en Slovénie, où il a présenté sa dernière création, Alhambra Container. Comme dans ses précédents spectacles, Ali Salmi a choisi le thème des migrations. « Je veux rendre hommage à ceux qui n’ont pas eu ma chance », explique le saltimbanque. Sa chance ? C’est d’être né en France, à Valenciennes précisément. Mais fils de parents algériens, l’homme connaît bien les histoires des migrants qui, attirés par les lumières de l’Europe et rêvant d’une vie meilleure, tentent le tout pour le tout. « Est-ce que ça vaut vraiment le coup ? », s’interroge l’artiste.

Loin du divertissement, Alhambra Container est plus une « fenêtre poétique ouverte sur le thème sensible de l’exil », selon son auteur. Il met en scène trois individus, deux hommes et une femme, issus de trois pays différents (Cuba, Slovénie, France). Au début, chacun des personnages sort d’un container : ils (re)découvrent le monde qui les entoure, l’air à la fois émerveillés et inquiets. Toute la pièce est basée sur la symbolique. « Les containers font allusion au monde marchand. Les marchandises peuvent circuler, rester et même repartir, pas les Hommes. Ce sont aussi des boîtes de Pandore : les exilés n’ont qu’une seule chose en tête, l’espoir d’une vie meilleure. Pour cela, ils vont connaître tous les maux de la Terre », explique Ali Salmi. Traités comme des marchandises, les migrants devront retrouver leur dignité. « A un moment, ils sont pourchassés par les chariots élévateurs : ils sont un peu comme des rats qu’on pourchasse. Pour ne pas être pris au piège, les trois personnages doivent se serrer les coudes. Ensuite, ils apprendront à se connaître et à s’aimer », raconte le metteur en scène.

Autre symbolique : le chiffre 3, omniprésent. « C’est la Trinité. Quand les danseurs sont soulevés par les chariots élévateurs, ils ressemblent à des anges. » Alhambra Container a aussi l’originalité de réunir trois cultures : hispanique, française et flamande, slave. Sur les containers, sont projetés trois visages de chanteurs en exercice : une voix flamenco, une lyrique flamande et une slovène. « Mais au départ, l’idée était de réunir trois cultures, pas forcément celles-ci. Nous avons auditionné beaucoup de monde : nous sommes même allés en Macédoine », précise Ali Salmi. Le spectacle est produit par les villes de Gent (Belgique) où vit Ali Salmi quand il n’est pas en vadrouille, Ljubljana et Tarrega (Espagne). De plus, il a été réalisé en partenariat avec la Région Lorraine, le Ministère de la Culture et de la Communication, la DRAC Lorraine, le Ministère des Affaires étrangères et le Conseil Général de Meurthe-et-Moselle.

Sécurité optimale. « La création a nécessité deux mois et demi de préparation : il a fallu du temps pour que les danseurs se familiarisent avec les machines. Les conducteurs des chariots sont manœuvrés par des intermittents du spectacle ayant suivi une formation de cariste.», révèle le metteur en scène. Le spectacle doit aussi obéir à des normes de sécurité très précises. « La scène doit être un cercle de 30 m de diamètre minimum avec une inclinaison maximale de 1 %, les chariots sont électriques et leur vitesse de rotation est limitée », explique Ali Salmi. Le metteur en scène dirige le spectacle tel un chef d’orchestre qui n’a pas droit à l’erreur. « Il faut être très prudent. Un des danseurs a failli se briser le crâne en glissant d’une pâle pendant les répétitions. » Les danseurs d’Alhambra Container jouent, eux aussi, parfois avec le feu en frôlant la mort. Les accidents renvoient à la réalité, à laquelle les migrants peuvent être exposés. Une réalité aussi brutale qu’un coup de massue. Finalement, n’est-ce pas le but recherché ?


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