Les écharpes rouges

Un Noël, un petit garçon reçut comme unique cadeau, une belle écharpe tricotée de laine rouge. Le garçon pensant recevoir le dernier jouet à la mode, fut déçu par ce cadeau et se mit à pleurer : – Ouiiiiiiin ! Je voulais un Megarobo 3000 qui lance des missiles quand on appuie sur sa tête.

Sa mère lui dit : – Je savais que tu en avais très envie mais comme tous les garçons de ton âge en veulent un aussi, le Père Noël n’en avait sûrement plus. L’année prochaine, je suis sûre que tu en auras un.

Son grand-père ajouta : – T’as l’air déçu par ton cadeau mais écoute bien ce que je vais te dire. Cette écharpe est magique.

– Menteur ! s’écria le petit garçon.

– Danté, ne parle pas à Bon-Papa sur ce ton ! gronda sa mère. Continue, Papa !

– En plus de la chaleur qu’elle te procurera, cette écharpe te permettra de rencontrer une personne que tu aimeras toute ta vie.

– C’est pas vrai ! s’exclama Danté.

– Si, c’est vrai. Il suffit d’y croire. Réfléchis à ce que je viens de te dire.

Danté courut vers sa chambre dans laquelle il s’enferma en laissant son cadeau près du sapin. Mais ce qu’il ne savait pas, c’est qu’au même moment, à un autre endroit, une jeune fille du même age recevait le même cadeau.

Après que Danté soit parti, la mère et son père discutèrent :

– Pardonne Danté, Papa ! commença la mère.

– Bah, c’est normal : il n’a que six ans. J’aurais été à sa place, j’aurais réagi de la même façon. Il comprendra plus tard.

– Oui, tu as probablement raison.

Le jour de la rentrée des classes, Danté et ses copains se retrouvèrent : – Salut Danté ! Alors, t’as eu quoi à Noël ?

Danté, d’un air désolé, murmura : – Une écharpe…

Tous ses amis s’esclaffèrent de rire et se moquèrent de lui : -Ooh, le nul ! Nous, on a eu un Megarobo 3000 qui lance des missiles quand on appuie sur sa tête.

– Et même que ça fait « prrsch ! », ajouta l’un.

– Y’a de la fumée qui sort aussi, ajouta un autre.

Et ses amis partirent jouer ensemble avec le jouet qu’ils avaient eu à Noël, en laissant Danté seul. Toute la journée, il essaya de parler avec eux mais ils ne tenaient pas compte de sa présence. Danté qui se sentait désespérément seul, maudit de plus en plus son écharpe.

Le soir, sa mère qui vint le chercher à l’école lui demanda : – Alors, petit Danté, comment s’est passé ta journée ?

– Méchante écharpe ! Elle m’a fait perdre tous mes copains, répondit le petit garçon.

– Ce n‘est pas de la faute de l’écharpe. Regarde, elle n’est même pas là. Un poète de la génération de Grand-père disait ceci : « Les hommes, me dit-on, sont faits pour vivre en bande comme des moutons. Moi, je vis seul et ce n’est pas demain que je suivrai leur droit chemin.» Comprends-tu ce que ça veut dire ?

– Non, fit le garçon.

        – Ca veut dire que ce n’est pas grave que tu aies perdu tes amis. S’ils t’ont laissé tomber parce que tu étais différent, c’est qu’ils ne sont pas interessants.

        – Ah bon, dit Danté qui ne comprenait pas grand chose.

Il se mit à pleurer. Sa mère essaya de le consoler :

        Ne pleure pas, petit Danté

Sinon, les fleurs vont se faner

        Les oiseaux cesseront de chanter

        La Terre s’arrêtera de tourner

        Et le Soleil de briller.

        Veux-tu sentir de jolis fleurs ?

        Veux-tu voir des belles couleurs ?

        Veux-tu toucher la douceur ?

        Veux-tu connaître la chaleur ?

        Veux-tu connaître le bonheur ?

        S’il te plait, ne pleure pas, petit Danté !

L’enfant s’arrêta de pleurer et dit d’une petite voix douce : – J’aime bien quand tu chantes, Maman.

Après le dîner, Danté alla se coucher. Cette nuit-là, l’enfant fit un rêve étrange : grâce à son écharpe, il rencontrait la femme de sa vie car elle aussi, portait la même écharpe que lui et les deux écharpes flottaient réciproquement dans la direction de l’autre.

A son réveil, Danté repensa à ce que lui avait dit son grand-père. Aussitôt, il bondit de son lit et courut vers sa maman en s’écriant : – Maman, Maman ! Mon écharpe ! Elle est où ?

– Tu la veux maintenant ? demanda sa mère, étonnée.

– Oui.

– C’est dommage car je l’ai donnée au monstre mangeur d’écharpes.

– Quoi ?!?

       – Mais non, tout le monde sait que ça n’existe pas, dit sa maman en lui donnant son écharpe que Danté revêtit aussitôt.

L’écharpe se mit à briller un court instant et à flotter dans une direction.

– Ouah ! C’est comme dans mon rêve, dit l’enfant, heureux et émerveillé. Merci Maman !

– Tu dois surtout remercier Bon-Papa.

– Merci, Bon-Papa.

– De rien, petit Danté, répondit le grand-père qui apparut et disparut aussitôt.

A partir de cette journée, Danté commença ses recherches. Cependant, il savait qu’elles étaient limitées. Néanmoins, il chercha partout où il le put : dans son école, dans son quartier et dans tous les endroits qu’il visitait mais il ne trouva personne.

Un jour, les vacances d’hiver approchaient et Danté décida de partir vraiment à la recherche de sa bien-aimée. Il alla voir sa mère : -Maman, t’as prévu un truc pour ces vacances ?

– Non.

        – On pourrait partir à la recherche de ma. . .

        – Mais comment veux-tu la trouver ?

        – L’écharpe indique sa direction. Il suffit de la suivre, comme une boussole.

      – D’accord, on prendra le camion mais je t’avertis : on roulera lentement et on fera des étapes.

Ils habitaient Sète, une petite ville du sud-est de la France sur la côte méditerranéenne.

Le premier jour des vacances, ils partirent de bon matin. Comme l’écharpe indiquait le nord-ouest, ils prirent cette direction. Ils passèrent par Béziers, Millau, Rodez, Limoges, Poitiers et Brest. Ils allèrent jusqu’à un petit village au nord de Brest, sur la côte qui s’appelait Plouguernau. Là, l’écharpe indiquait le nord. Ils ne pouvaient pas aller plus loin. Danté pleura et sa maman lui chanta la chanson qu’il aimait tant. Après avoir passé la nuit dans l’auberge du village, ils repartirent chez eux.

Les années passèrent. Danté avait grandi : il avait maintenant dix ans et allait rentrer en sixième.

        – Danté, viens vite ! cria sa maman.

Le jeune garçon arriva à vive allure.

        – Tu n’es pas trop nerveux ? lui demanda sa mère

        – Un peu, répondit Danté.

        – T’es grand maintenant : tu ne dois plus avoir peur.

        – Oui, dit le garçon d’une petite voix.

Sa mère ouvrit la porte de la maison et s’aperçut qu’il faisait aussi froid qu’une journée en plein hiver.

        – C’est étrange, ce froid ! Mets tes gants et cette écharpe.

Quand Danté la mit, elle se mit à briller et à flotter comme la première fois, sauf que cette fois-ci, elle semblait indiquer la direction de son collège. Et en effet, pendant que Danté était concentré sur l’appel, une fille lui murmura son nom à l’oreille (« Violette »). Danté se retourna et vit qu’elle était très jolie et qu’elle portait la même écharpe que lui. Il comprit aussitôt. Les deux écharpes se nouèrent entre elles. Violette et Danté s’enlaçèrent et s’embrassèrent longuement. Tout le monde les regardait, y compris ses anciens amis qui cette fois, étaient plein d’admiration.

Conte écrit en 2002


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