L’interminable couloir de la mort

Pour les frères Abdelkrim et Mhamed Bouaami et leur complice Aziz Akd, ce sera la peine capitale. Condamnés à mort pour le meurtre et le cambriolage d’un avocat et de sa femme à Meknès, les bouchers croupiront dans une minuscule geôle en attendant le jugement dernier, comme plus d’une centaine de condamnés à mort du Royaume. A la prison centrale de Kénitra qui abrite la majorité d’entre eux, ils sont parfois quatre ou cinq dans une cellule destinée à une seule personne. « A l’heure actuelle, 125 prisonniers attendraient d’être fusillés », précise Abdelilahe Ben Abdesslam, coordinateur de la coalition marocaine contre la peine de mort et responsable de l’AMDH. En mai 2005, il y en avait 149 dont 17 salafistes. Que sont devenues les 15 personnes qui manquent aujourd’hui ? Selon l’association française « Ensemble contre la peine de mort », elles ont été graciées. Le 18 novembre 2005, lors du 50e anniversaire du retour d’exil de feu Mohamed V, SM le Roi Mohamed VI avait libéré 5000 prisonniers et avaient réduit la peine de 5000 autres personnes. Parmi eux, 25 condamnés à mort ont vu leur peine transformée en réclusion à perpétuité.

Le coordinateur de la CMPM ne comprend pas pourquoi on n’applique pas un moratoire au Maroc. Bien qu’il y ait encore de nombreuses condamnations à mort au Maroc –depuis le début de l’année, il y en a déjà eu 4, la dernière exécution remonte à 1993. Pourquoi les condamnés à mort ne sont-ils donc pas exécutés ? Pour Me Hammadi Manni, avocat au barreau de Rabat et président de l’observatoire marocain des prisons, « il n’y a pas d’explications logiques : la mise à mort repose uniquement sur des décisions politiques. Ce n’est pas lié à un engagement au niveau international »

Le 09 septembre 2008, l’ONU a appliqué un moratoire au niveau mondial, voté le 18 décembre 2007 par 104 pays. Le Maroc ne s’était pas prononcé : un pas en arrière pour les sept ONG abolitionnistes de la coalition. L’Observatoire marocain des prisons, l’OMDH, l’AMDH, la branche marocaine d’Amnesty International, le Forum marocain pour la vérité et la justice, l’Association des barreaux d’avocats au Maroc et le Centre pour les droits des gens avaient discuté avec les Parlementaires et le gouvernement pour que le Maroc se prononce en faveur du texte. Abdelwahed Radi, le Ministre de la Justice, avait déclaré ouvertement qu’il souhaitait abolir la peine de mort. Dans le code pénal en cours d’élaboration, le texte prévoit toujours la peine de mort pour certains crimes. Actuellement, l’article 16 du texte prévoit la sentence maximale pour l’homicide aggravé, la torture, le viol, le vol à main armée, l’incendie criminel, la trahison, la désertion, et attentat à la vie du Roi entre autres. Depuis l’indépendance à aujourd’hui, « la justice marocaine a ordonné 283 condamnations à mort », déclare Me Maani.

Il faut trouver un compromis entre toutes les sensibilités politiques et faire progresser le débat, sans froisser les défenseurs de la peine de mort qui s’appuient sur le Coran. En effet, « le texte sacré dit que si quelqu’un a tué une autre personne, la famille peut tuer le tueur, après approbation du juge. Si la famille l’amnistie, le tueur doit l’indemniser », explique Me Abderrahim Jamai, vice-président de l’OMP. D’autres avancent la question du coût de « l’entretien » des condamnés à mort : « chaque jour, chaque citoyen reverse indirectement 15 dh à l’Etat pour faire vivre des criminels », annonce Mehdi, un jeune cadre défenseur de la peine de mort. Depuis le changement de direction à l’administration pénitentiaire, le travail sur le terrain des farouches abolitionnistes devient plus difficile. « Nous n’avons plus le droit de nous rendre dans les prisons. Notre dernière visite remonte à octobre 2007. Exercer la profession d’avocat n’est pas un laisser-passer : on ne peut rendre visite à un prisonnier que s’il fait l’objet d’un dossier en notre possession », déplore Me Maani. La coalition nationale pour l’abolition de la peine de mort n’a rencontré qu’une fois le nouveau directeur depuis sa nomination. Dans ce contexte, difficile de savoir comment vivent les condamnés à mort au quotidien et combien d’entre eux prennent leur destin en main.


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