Ils vivent sur une péniche du Canal du Midi

 

Le long du canal du midi, du côté du port du parc technologique de Ramonville un soir au clair de lune, vous verrez sûrement s’animer sous les voûtes formées par les branches entrelacées des platanes le petit village des pénichards. Vous pourrez entendre des bribes de discussions, et des rires parfois. Certains bateaux décorent leur pont de guirlandes électriques multicolores ou d’arbustes dans des pots et on peut apercevoir des silhouettes à travers les hublots des cabines éclairées, et sentir une bonne odeur de viande grillée. Dans ce village, pas d’église, ni de mairie, mais une rue et une seule. C’est comme ça que les pénichards appellent le chemin de halage le long de la rive où leurs bateaux sont accostés. François, un trentenaire, habite une péniche depuis quelque temps avec d’autres locataires. Il loge dans une chambre d’à peine dix mètres carré, contre un loyer de plus de trois cents euros. Le jeune homme relativement grand se sent un peu à l’étroit dans sa piaule plutôt bas de plafond. Sa péniche est reliée à l’électricité. Pour l’eau, c’est un peu plus compliqué.

 

Il me reçoit sur le pont d’une autre péniche, plus spacieuse et confortable que la sienne, celle que loue sa compagne Anouk. Si François a commencé à habiter ici, c’est pour d’abord fuir le tumulte de la ville qu’il déteste et parce qu’il a été conquis par la beauté du lieu.

 

Anouk salue un de ses voisins tout en servant le thé. Elle avait du mal à se loger à Toulouse. C’est en se promenant une belle journée d’été au bord du canal qu’elle rencontre François et décide d’habiter une péniche près de la sienne.

 

Les amoureux se rappellent de leur premier rendez-vous : le charme du lieu a bien opéré.

 

Quitte à vivre sur un bateau, il serait très tentant de larguer les amarres, mais la plupart des pénichards de la rue sont sédentaires : leur péniche ne bouge jamais pour plusieurs raisons.

 

Malgré le confort des péniches assez spartiate et les hivers un peu rudes à cause de l’humidité et du froid, le couple ne se plaint pas trop de ses conditions de vie. Ils ont un toit, et savent à quel point c’est précieux. De nombreuses personnes n’ont pas cette chance. Anouk qui a travaillé dans le domaine social a été confrontée aux gens de la rue, et sait à quel point leur venir en aide peut être délicat.

 

Les personnalités vivant dans les rues toulousaines sont malheureusement très nombreuses, plus de 8000, selon les données du Centre Communal d’action sociale de la ville, et interpellent souvent les passants. Pour Anouk, il serait impensable pour elle de dormir, ne serait-ce qu’une seule fois dans la rue, mais c’est pourtant le quotidien de plus d’un millier de femmes toulousaines isolées. En bas de l’avenue de la Gloire, vous en avez sûrement croisé une, coiffée d’énormes dreadloks en train d’essayer de dormir sur le pont de la voie ferrée. Une ancienne avocate, parait-il. François qui a vécu dans ce quartier s’en rappelle très bien.

 

Cette femme n’est pas la seule. A Arnaud Bernard ou à Saint-Cyprien, d’autres dorment sur le trottoir. Anouk les a connues.

 

Selon François, c’est la société de consommation symbolisée par la ville qui est responsable de la misère. Très idéaliste, il pense que les clochards devraient quitter les centres urbains pour retrouver la quiétude et la nature sauvage de la montagne. Malheureusement, ils semblent être coincés devant les gares, comme s’ils attendaient indéfiniment un train qui n’arrivera jamais.

 

Le reportage en entier :

 


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