Voir le Maroc et sourire

Étrangers, bienvenus au Maroc ! Le cabinet dentaire Bennani de Casablanca est « à votre service pour vous aider dans l’organisation de votre voyage et vous faire partager tous les plaisirs de la culture culinaire festive, sous une température clémente et un ciel bleu et ensoleillé ».

Sur la Toile, la vitrine a l’air alléchante. Français, Italiens, Belges, Norvégiens, Suisses, Américains, Canadiens, Algériens, Maliens, Congolais et Sénégalais viennent nombreux se faire soigner les dents au Maroc, en particulier à Casablanca, « connue pour son environnement très agréable ». Implants, couronnes, orthondontie, blanchiment… Le choix est vaste sur le site du cabinet Bennani.

Sur la page de présentation, le dentiste affiche un grand sourire. Des images de ses assistantes décontractées et de son matériel haut de gamme permettent au visiteur de se faire une idée. Il peut même lire le CV du docteur. L’étranger ignorant qui pense encore que le Maroc est un pays d’arracheurs de dents sera rassuré : le dentiste a fait la plus grande partie de ses études en Europe. Le visiteur se sent comme chez lui. « Je reçois une cinquantaine de personnes par an, mais la plupart sont envoyés par des confrères européens, avec lesquels je travaille en partenariat : quand ils ont un patient qui doit faire des soins importants sur plusieurs dents, il me les confie ».

Josette, une Française à la retraite de 78 ans, réfléchit sérieusement à se faire refaire sa dentition au Maroc. « Je suis vieille, beaucoup de mes dents se sont déchaussées. En France, mon dentiste m’a demandé 2000 euros par dent. Au Maroc, après avoir donné les radios de ma mâchoire, on m’a fait un devis : j’en aurai deux pour le prix d’une. De toute façon, ma mutuelle rembourse très peu les dépenses dentaires. Même en passant deux semaines à Marrakech et en comptant les billets d’avion, j’économise plus de 500 euros. » Josette peut remercier les lignes aériennes à bas coût. Après avoir hésité avec les pays de l’Europe de l’est (Hongrie, Roumanie, Pologne), la retraitée s’est penchée sur le Maroc. « A Marrakech, il y fait plus chaud et là-bas, tout le monde parle français », explique la vieille dame. Technologies haut de gamme, dentistes formés en Europe, pays francophone au climat agréable, lignes « low-cost ». Tous ces facteurs se conjuguent pour accélérer le développement du tourisme dentaire au Maroc. Un phénomène né en 2007. A Casablanca, il existe une dizaine de prestataires.

Le Dr. Zemmouri gère un petit cabinet à Gauthier, un quartier chic de Casablanca. En voyant sa petite plaque poussiéreuse, à l’entrée d’un immeuble qui a l’air abandonné, le patient a envie de rebrousser chemin. Ce n’est qu’après être entré dans son cabinet au 6e étage, qu’il se sent soulagé. Propreté, sécurité et modernité sont bien sûr de rigueur. « Je me considère comme un architecte du sourire. Je n’ai pas besoin d’une grande structure : les meilleurs artisans travaillent dans de petits ateliers qui n’ont l’air de rien de l’extérieur », dit-il pour justifier l’aspect vétuste de la façade de son immeuble. Tout comme le Dr. Bennani, le cabinet du Dr. Zemmouri est recensé sur le site « endurance-implants ». Réalisé par le Français Vincent Delorme, le site recense les meilleurs adresses des cabinets dentaires à travers le monde et promulgue des conseils. Grâce à cette passerelle, les internautes occupent une place importante dans la clientèle du petit cabinet créé en 1986. Pourtant, le médecin n’a pas encore de site personnel. « Beaucoup d’étrangers, en voyant mon annonce sur internet, me demandent des tarifs pour une prestation après avoir reçu un devis de la part de leur chirurgien habituel. 20 % d’entre eux viennent me voir », explique le dentiste. Le cabinet s’occupe de la réservation des hôtels pour ses clients. « J’ai des relations privilégiées avec certains, alors je peux proposer à mes patients des tarifs très avantageux ». Le docteur commande même un chauffeur à ses patients venus de l’étranger pour les amener sur leur lieu de résidence.

Sans vouloir révéler combien de patients foulent le palier de son cabinet chaque année, le Dr. Zemmouri se frotte les mains en pensant à l’avenir. Il a convaincu le groupe portugais Malo à Casabalanca, un des plus grands centres de chirurgie dentaire du monde de construire un complexe médical en périphérie de la Ville Blanche, à Dar Bouazza. Malo a investi la bagatelle de 110 millions de dirhams pour la réalisation de la structure qui s’étalera sur 6800 m2 et qui comprendra une clinique, toutes disciplines confondues, un hôtel cinq étoiles et un espace de relaxation. Les travaux ont commencé en décembre 2008 et devraient s’achever en 2011. Le site sera équipé d’un centre de formation et vise donc deux cibles : les patients et les médecins. Le docteur prend l’exemple de l’hôpital Bumrungrad à Bangkok, en Thaïlande qui accueille plus de 400 000 visiteurs par an, seul centre médical du monde à être coté en bourse.

Pour le moment, le Maroc n’a pas mis en place une stratégie pour développer le tourisme dentaire à l’échelle nationale, même s’il y aspire, car l’Ordre national des médecins dentistes a d’autres priorités : la lutte contre les charlatans et l’instauration d’une couverture sociale pour les dentistes. Cependant, les amicales de chirurgiens-dentistes de Tanger, Marrakech et des syndicats d’Oujda s’intéressent fortement au tourisme dentaire.

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