Audiovisuel franco-roumain : la promotion des oeuvres roumaines dans le PAF

 

Michel Boyon, le président du CSA , le clamait haut et fort lors des rencontres franco-roumaines sur l’audiovisuel du 26 et 27 septembre derniers : « il existe une passion torride entre la France et la Roumanie, dans le domaine de la culture ». Malheureusement, à l’heure actuelle, les écrans français, cinéma comme télévision, ne montrent pas beaucoup cet amour. Aucune production roumaine ou presque n’est diffusée en France, même sur le câble, le satellite, et l’ADSL, si on met entre parenthèse la TVR proposée dans certaines offres. Et ce, malgré les quotas de diffusion imposés par la directive « service des médias audiovisuels » : les chaînes doivent diffuser au moins 50 % de productions européennes dans leur grille. Même si en France, le CSA a fixé le quota à 60 %, les œuvres britanniques, allemandes ou espagnoles dominent dans le paysage audiovisuel français (PAF).

Heureusement, la Palme d’Or décernée au film de Cristian Mungiu, « 4 mois, 3 semaines, 2 jours » en 2007, est en train de changer la donne et de relancer l’intérêt de certaines chaînes et des distributeurs pour le cinéma roumain. Plébiscité par la presse, le film a eu un vrai succès en France : le thème difficile qu’il aborde, l’avortement clandestin, n’a pas rebuté les spectateurs. L’histoire d’Otilia et Gabita aurait très bien pu se passer en France dans les années 60, à l’époque où l’avortement était encore interdit et de nombreuses y avaient recours dans la clandestinité. Et même à sa sortie en France, le film a déclenché une polémique entre les défenseurs et les pourfendeurs, car même si l’avortement est légal dans le pays, aborder le sujet reste sensible. Quoi qu’il en soit, après seulement un mois d’exploitation, « 4 mois, 3 semaines, 2 jours » a permis a réuni plus de 297 000 spectateurs français. Beaucoup tombent amoureux du film de Cristian Mungiu et deviennent très curieux, vis-à-vis des productions roumaines.

Michel Reilhac, directeur général délégué d’Arte France Cinéma, l’a bien compris. « J’ai coproduit le premier film d’Adrian Sitaru, « Pescuit sportiv », présenté pour la première fois au festival de Venise le mois dernier. Je participe aussi à la production du prochain long-métrage de Razvan Radulescu et j’ai discuté avec Cristi Puiu à propos d’ « Aurora. », son nouveau projet » , raconte le professionnel. Les distributeurs français sont aujourd’hui à l’affut des œuvres de la nouvelle génération de réalisateurs roumains. A l’avenir, les productions de Roumanie pourraient donc être projetées dans la plupart des salles : auparavant, elles étaient réservées aux cinémas d’art et d’essai.

L’autre bonne nouvelle, c’est que du cinéma à la télévision, il n’y a qu’un pas. En France, ce sont les grandes chaînes qui produisent les œuvres cinématographiques. Arte est aussi une chaîne gratuite diffusée sur le petit écran, mais reste à part dans le PAF. Partagée entre la France et l’Allemagne, Arte mise sur la diversité. « Dans notre texte fondateur, il est écrit qu’on doit s’intéresser aux cultures du monde entier », rappelle André de Margerie, directeur des relations internationales de la chaîne franco-allemande. Arte est une des seules chaînes gratuites du PAF à diffuser des productions issues de toute l’Europe. Malgré la concurrence avec les autres pays d’Europe et du monde, il restera toujours une place pour les films roumains dans la grille d’Arte. Et en multipliant les coproductions avec la Roumanie, c’est une grande porte qui s’ouvre sur la télévision française pour les nouveaux réalisateurs tels que Puiu, Mungiu ou Radulescu. De plus, le cinéma roumain, composé essentiellement de cinéastes jeunes, rentre dans deux critères de choix de la chaîne. « On essaie d’équilibrer les films très connus avec les productions du monde et celles des jeunes réalisateurs. Et pour les téléfilms, on essaie de privilégier des œuvres qui abordent des problématiques sociales. »

Les autres chaînes gratuites suivront-elles l’exemple d’Arte ? Les publiques, autre qu’Arte, appartiennent au même groupe, France Télévision. Il est arrivé que des films polonais ou danois soient diffusés sur les chaînes, mais c’était essentiellement des œuvres de cinéastes réputés dans le monde entier (Lars Von Trier, Krzysztof Kieślowski…). Mungiu et Puiu, tous les deux primés à Cannes, sont en bonne voie. En revanche, les privées ne jouent pas la même carte. Des chaînes comme TF1 et M6 misent sur les émissions de divertissement, souvent calquées sur une recette ayant fait ses preuves à l’étranger, les séries « phénomène » (Desperate Housewives, les Experts, Aux frontières du réél…), les films grand succès ou produits par eux-mêmes.

« Le problème, c’est que les chaînes doivent aussi financer l’élargissement de la Télé Numérique Terrestre (qui comprend 18 chaînes gratuites – NDLR), leur passage en haute définition ou leur diffusion sur téléphone mobile. Elles ont donc de moins en moins d’argent pour produire des films, d’autant plus que le gâteau publicitaire est de plus en plus grignoté par internet », conclut Michel Boyon.

Paru dans BUCAREST HEBDO


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