Dossier pollution des morts : pollution post-mortem

L’Homme peut se réjouir. Lui, qui a toujours voulu laisser une trace impérissable après sa mort, exauce son souhait, lorsqu’il passe l’arme à gauche. Malheureusement, pour les autres, ces traces post-mortem sont néfastes, puisqu’il s’agit de pollution environnementale. Après une vie passée à accumuler les déchets, inondé les champs de pesticides et pollué l’air qu’il respire, l’humain continue dans ce « droit » chemin, après sa mort, qu’il soit inhumé ou incinéré.

Lorsqu’un corps est inhumé, il pollue les nappes phréatiques. L’origine ? Les produits utilisés par les thanatopracteurs. Eric Botallico exerce sa profession chez l’entreprise Cap funéraire depuis 7 ans à Nice. « Ayant perdu son père dans des circonstances tragiques à l’âge de 13 ans », l’adolescent a été fasciné par ces « magiciens qui transforment les cadavres en personnes reposées et sereines ». « Après avoir lavé, habillé et maquillé le défunt, on lui injecte dans les artères une solution à base de formol », explique le praticien. Même si la concentration est faible (« 1% »), le produit de conservation reste très toxique et cancérigène. Les thanatopracteurs prennent d’ailleurs toutes leurs précautions pour l’opération qui peut durer entre « une et deux heures ». « Nous portons des combinaisons, des lunettes, des gants, des masques et des chaussures de protection, mais le risque 0 n’existe pas. » Lorsque le corps se décompose, se répand dans le sol ce produit toxique. Avec les eaux de pluie, il est acheminé dans les nappes phréatiques. Selon l’Association Française d’Information Funéraire, « indépendante de tout syndicat, fédération ou société commerciale », « c’est un vrai problème : il faut s’interroger sur la légitimité d’injecter ou pas du formol. »

Pour éviter cette pollution, certains thanatopracteurs notamment aux États-Unis utilisent encore de la glace carbonique, mais pour Eric Botallico, « c’est très contraignant : il faut avoir un congélateur chez la victime et pour le transport, on a besoin de glacières. De plus, le résultat final est beaucoup moins esthétique qu’avec le formol. »

La crémation, phénomène polluant

Si la crémation est souvent proposée comme alternative écologique à l’inhumation, dans le sens où elle permet d’économiser de la place et ne pollue pas les nappes phréatiques, elle n’en reste pas moins une réelle source de pollutions. Pour tous les défunts enregistrés en France, il y a eu 25 % de crémations en 2007. Et à Nice, la même année, « 1762 défunts ont choisi de se faire incinérés contre 1962 qui ont opté pour l’inhumation. On atteint presque un taux de 50 % de crémations », note Eric Bonafaci, responsable des cimetières à la mairie. Pour que le corps et son cercueil se consument intégralement, la température doit monter à 900°C. Pour atteindre cette chaleur, il faut utiliser du bois, du gaz ou du fuel. Ces types de combustible rejettent des gaz à effet de serre. Les émissions du crématorium de Colomars ne dépasseraient pas les normes autorisées par le Ministère de la Santé, mais cette année, « les fours vont être changés. Ceux qu’on utilise datent de 1985. Les rejets de gaz devraient être encore plus faibles avec les nouveaux.», rajoute Eric Bonafaci.

Le cycle du mercure

Une autre pollution importante provient du mercure présent dans les amalgames dentaires (plombages) du défunt. « En Espagne, ils sont automatiquement retirés. En France, on a pas encore ce réflexe. » De plus, les normes françaises sur les crématoriums ne fixent aucune limite pour le taux de mercure rejeté. Et à 200°C, le métal liquide se transforme en gaz et se répand dans l’atmosphère. Les premières pluies emportent le mercure avec elles. L’élément s’infiltre donc dans les sols et pollue les rivières et les mers. De plus, les poissons l’assimilent très bien. Le problème, c’est que le métal se transmet par la chaîne alimentaire. L’Homme étant un grand consommateur de vertébrés aquatiques, accumulent ce mercure dans son organisme. Au Japon, beaucoup de gens meurent parce qu’ils consomment trop de poissons.

Pour finir, compte tenu de la raréfaction des matières premières, on peut s’interroger sur la légitimité de commander une tombe monumentale, faite de marbre par exemple. Sans oublier les pollutions engendrées par son transport jusqu’au cimetière où est enterré le défunt.


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