Sortie automnale au jardin botanique de Marseille

Dans le Parc Borely, derrière un grand portail, gît un lieu remarquable par son calme et sa sérénité : le jardin botanique. On n’y entend plus l’agitation populaire du parc, seuls les cris stridents des perruches à collier viennent troubler la quiétude des lieux. La visite commence par les carrés des plantes médicinales. En cette saison, seulement quelques unes sont en fleurs. Dans la partie consacrée aux plantes bénéfiques pour les voies intestinales, nous sommes surpris par le parfum envoûtant d’une verveine citronnelle (Aloysia citrodora) en fleurs. L’arbrisseau de près de deux mètres de haut exhibe ses panicules de petites fleurs blanches.

L’artichaut ou le cardon (Cynara cardunculus) aurait de multiples vertus médicinales. L’astéracée est en effet présente dans le carré du système hépatobiliaire et celui des voies aériennes. Bien que la haute plante soit fanée, on distingue encore les bractées de son involucre, les fameuses « feuilles d’artichaut » si bonnes trempées dans de la vinaigrette. Dans le carré consacré aux plantes soignant les problèmes de peau, un romarin (Rosmarinus officinalis) expose ses petites fleurs bleu pâle bilabiées. Cette forme de fleur « à deux lèvres » est typique de la famille dont il fait partie, celle des lamiacées. Autre critère très récurrent chez cette famille : les feuilles sont opposées. Au centre des carrés, un puits est envahi par une très belle astéracée aux ligules oranges et pourpres à la base, le coréopsis des teinturiers (Coreopsis tincturia).

Nous montons un escalier, Sur notre droite, des courges pendent de lianes qui grimpent sur les montants d’une tonnelle. Nous arrivons au jardin potager composé de deux parcelles. Devant celle de droite, un arbre aux quarante écus (Ginko biloba) retient l’attention des participants. Ses feuilles en éventail incisé commencent à jaunir sur leur pourtour. La plante, dioïque, est considérée comme un conifère : les individus mâles portent des cônes de pollen, tandis que les individus femelles comme celui que nous observons produisent des ovules, qui une fois fécondées, donneront des fruits ronds d’environ deux centimètres de diamètre. Quand ils pourrissent, ils ont la particularité de dégager une forte odeur de vomi. Dans les deux parcelles, on trouve du maïs et plusieurs variétés de tomates (Solanum lycopersicum) et de poivrons (Capsicum annuum). Dommage que les fruits ne soient pas cueillis. Attention toutefois si vous décidez de cueillir à travers la clôture, ne vous trompez pas, car une herbe au diable (Datura stramonium) s’est invitée dans le carré potager. Hallucinogène puissant, mortel à haute doses, la plante aux grosses capsules épineuses est à éviter.

Au fond du jardin potager, apparaît derrière des plantes, une plaque commémorative dédiée au Professeur Edouard Marie Heckel, directeur du jardin botanique de 1890 jusqu’à sa mort en 1916, professeur de botanique à la faculté des sciences, docteur en médecine, docteur es sciences et agrégé de pharmacie. A son époque, le jardin était situé sur l’actuelle roseraie. Ce n’est qu’en 1918 qu’il a été inauguré là où il est actuellement, grâce au désir du Professeur Heckel qui souhaitait un jardin botanique plus vaste.

Un peu plus loin, apparaissent les premières plantes du jardin méditerranéen, en face des inflorescences pourpres et spongieuses de l’amarante queue-de-renard (Amaranthus caudatus). Sur le parterre, a fleuri Salvia taraxacifolia aux petites fleurs bleues. Chez cette lamiacée, elles sont également bilabiées et la tige a une forme carrée, encore une caractéristique très répandue de cette famille. La plante est originaire de l’Atlas au Maroc et n’est pas présente en France à l’état naturel. Nous passons à côté de la merveilleuse lavande à larges feuilles (Lavandula latifolia), plusieurs espèces de phlomis, un nerprun alaterne (Rhamnus alaternus), un cyprès de Provence (Cupressus sempervirens), de la centranthe rouge (Centranthus ruber) et d’autres plantes typiques de la garrigue. Le chemin fait un demi-tour et nous rejoignons un hôtel à insectes désespérément vide en face de pieds de ciste blanchâtre (Cistus albidus) en fruit. Nous avons rejoint l’allée centrale et nous sommes en face de l’entrée du pavillon chinois que nous visiterons plus tard.

Mais quelle est donc cette plante à la longue corolle tubulaire duveteuse orange ? Regardons de plus près. Une tige carrée, des feuilles opposées, des inflorescences en verticilles composés de fleurs collées les unes aux autres comme les phlomis. Malgré l’absence de fleurs bilabiées, cette queue de lion (Leonotis leonurus) a toutes les caractéristiques des lamiacées. Dans son habitat naturel, en Afrique australe, cet arbrisseau est très apprécié des oiseaux nectivores comme les souimangas qui jouent le rôle de pollinisateurs.

Juste à côté, nous franchissons le grand portail en bois du jardin japonais traversé par une rivière artificielle. A l’entrée, gît une lanterne en pierre sur un pied. A la fois objet de culte pour les Bouddhistes et d’ornementation, ces dai-dōrō représentaient les cinq éléments de la cosmologie bouddhiste : terre, eau, feu, air et esprit. Sur la droite, un bel arbre au tronc rouge apparaît. Il s’agit d’un arbousier de Chypre (Arbutus andrachne). Il a la particularité d’avoir l’écorce qui s’exfolie. Lorsqu’elle se détache, apparaît du vert qui devient rouge brun par la suite. Un chemin de dalles permet de traverser la rivière. Il est bordé par des Eriocapitella hupehensis aux tépales rouge-pourpre à l’intérieur et vert à l’extérieur. Normalement actinomorphe, ici, ces anémones ont les tépales de différente taille : ce qui leur donne une allure biscornue. Avant de descendre vers la partie consacrée aux plantes grimpantes, nous sommes surpris par la beauté d’un arbre qui porte de petites drupes jaunâtres, au tronc anthracite qui laisse apparaître quelques fissures rouge